La livraison de produits alimentaires pendant le covid-19

La livraison des produits alimentaires
pendant le covid-19 

Les habitudes d'achat des produits alimentaires des consommateurs sont généralement stables et lentes à changer. Lorsque les gens modifient leur comportement en matière d'achat de nourriture et de boissons, c'est souvent à la suite d'un événement majeur de la vie. La crise du Covid-19 a imposé un changement radical aux habitudes de tous les Français, simultanément. Le confinement a bouleversé la manière de consommer : obligation d’assurer ses repas midi et soir avec la fermeture des restaurants et cantines d’entreprise, peur de la contamination en se rendant dans les supermarchés, consommation accrue de produits frais et de produits locaux dans un souci de bien-être, disponibilité pour cuisiner, etc.
Nous nous sommes penchés sur les nouvelles habitudes des consommateurs liés à la crise du Covid-19 et la pérennité de ces tendances.

Changement d'habitude et nouvelles préférences
des consommateurs 

Les avis diffèrent : ces nouvelles tendances de consommation étaient-elles ou non déjà en germe ces dernières années ? Mais il a été simple d’observer un changement de comportement depuis mi-mars en regardant les chiffres des différents fournisseurs de produits alimentaires.

Au tout début du confinement, les Français ont eu le réflexe de stocker produits secs, conserves et surgelés. La peur d’une pénurie les a fait se tourner vers des produits aux dates de péremption lointaines, achetés en grande quantité dans les supermarchés, au détriment des produits frais. 

Mais rapidement, les tendances alimentaires ont évolué vers le “mieux manger” : une manière de prendre soin de soi alors que la santé était au coeur de l’actualité. Selon un sondage réalisé par OpinionWay, 21% des personnes interrogées ont affirmé acheter plus de produits frais. On a d’ailleurs pu observer sur Google Trend un pic des recherches sur les aliments ayant des bienfaits pour le système immunitaire, la lutte contre le stress et les probiotiques. 

L’alimentation est devenue plus que jamais un sujet central dans le quotidien de tous et cela a entraîné une prise de conscience. Dans l’impossibilité de se rendre dans des restaurants à qui ils faisaient confiance pour s’approvisionner chez les meilleurs fournisseurs, les Français ont dû se mettre à sourcer eux-mêmes tous leurs produits. Enfermés chez eux, cuisiner est devenu pour beaucoup un vrai passe-temps, synonyme de plaisir. Ils ont passé du temps sur Internet à étudier les origines des produits, choisir plus soigneusement le contenu de leur panier de courses et tester des nouvelles recettes. 

Une autre tendance claire a été la volonté de supporter les petits producteurs : consommer local et consommer français étaient des manières de soutenir l’économie du pays. Le sondage d’OpinionWay révélait que 28% des Français affirment acheter plus de produits locaux.

Confinés à leur domicile, les consommateurs se sont également tournés vers les produits alimentaires comme moyen de se faire plaisir : bons produits, aliments nostalgiques liés à l’enfance, etc. Le prix des paniers d’achat était plus important. On peut noter au passage le retour en force du petit déjeuner, souvent négligé par les adultes pressés par le temps au moment de partir au travail.

"Selon un sondage réalisé par OpinionWay, 21% des personnes interrogées ont affirmé acheter plus de produits frais."

Recours à la livraison à domicile
pendant le confinement

D’après le baromètre FoxIntelligence, une augmentation de 77,5% des livraisons à domicile de produits frais et de grande consommation a été observée dès la fin du mois de mars 2020*. Dans les régions les plus proches des foyers de contamination, la hausse des commandes a pu atteindre les +400%.

La livraison à domicile permettait en effet de respecter les directives de confinement, tout en évitant les risques de contamination grâce à la livraison sans contact. 

En se faisant livrer, les consommateurs avaient l’assurance de ne pas être confrontés aux pénuries ponctuelles de certains produits en rayon. En faisant leurs courses en ligne, les clients ont rapidement découvert la possibilité de varier leurs lieux d’approvisionnement et ne plus se contenter du supermarché le plus proche. Quatres types d’acteurs se sont distingués : les start-up de livraisons de paniers repas, les marketplaces mettant directement en lien les producteurs et les consommateurs, les épiceries en ligne et les services de livraison des supermarchés.

* Etude réalisée par le Cabinet Nielsen - mars 2020

Les données de Mintel montrent que 23 % des consommateurs français ont augmenté le nombre de leurs achats en ligne à la suite de l'épidémie de COVID-19, dans toutes les tranches d'âge. Le réflexe de la livraison à domicile était déjà imprimé dans les tendances des jeunes générations. Le Covid-19 représentant un danger plus pressant pour les personnes de plus de 60 ans, la génération du baby-boom* s’est convertie massivement à la livraison à domicile des produits alimentaires.

 *Personnes nées entre 1945 et 1961

Quelle pérennité pour ces nouvelles habitudes ?

Les supermarchés et les services de livraison de produits alimentaires ont enregistré un pic de téléchargement de leurs applications et nouveaux abonnés. L’acquisition de nouveaux clients est généralement une grande barrière à l’entrée de tout commerce. Cet apprentissage fait, il est probable qu’une partie de ces nouveaux clients continueront à utiliser ces services, au moins ponctuellement, séduit par la praticité de la livraison à domicile et de l’accès à une gamme de produits plus large et qualitative. Selon une étude UFC Que Choisir, 20% des consommateurs ont l’intention d’avoir recours à la livraison à domicile de produits alimentaires plus fréquemment.

Un facteur à surveiller est le nombre de salariés qui vont pouvoir choisir de travailler à domicile de manière permanente et qui le feront partiellement ou à plein temps. Il existe une corrélation directe entre le fait de cuisiner et le temps passé chez soi, et le télétravail est susceptible d'augmenter de façon permanente après la réforme. Cela signifie donc une augmentation des besoins en produits alimentaires. 

Mais surtout, le télétravail offre la possibilité d’être chez soi lors des livraisons : élément primordial pour permettre le transport de produits frais qui respectent la chaîne du froid. 

En 2018, 6,6% des achats se faisaient en ligne et il était prévu qu’ils atteignent 11% en 2025. On en était à 7,4% début 2020 et une moyenne de 9,5% a été atteinte pendant le confinement. Le cabinet Nielsen anticipe que la part du marché va se stabiliser autour de 8% sur le reste de l’année 2020.

Le marché de la livraison alimentaire représentait 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017 et il devait atteindre 3,5 milliards en 2020 et 8 milliards en 2025. La progression en flèche de la livraison à domicile, atteignant +120% certaines semaines du confinement, permet de penser que ces projections seront largement dépassées.